Une semaine d’abonnement à gayromeo.com et j’ai déjà mal au ventre. Malade, tellement je déchante, malade tellement la réalité est sale ! Pourtant, je le savais déjà et mon malaise laisse
une nouvelle fois à de la colère. Je suis noir et je le suis encore plus de colère envers le milieu gay. Ce sont les vieux, les jeunes, les passifs, les actifs, les actifs-passifs, les Blancs,
les Noirs, la bêtise, la jalousie, la haine, les préjugés, la malhonnêteté et tous les sentiments négatifs qui me viennent à l’esprit et que je parviens difficilement à exprimer. Je suis las.
Nombreux me diraient de retourner à mon doux ermitage (oui, qu’il est finalement doux de ne pas avoir à chercher et de n’avoir personne dans sa vie depuis près d’un an) si tout cela m’affecte
autant, mais comment ne pas être affecté ? En se disant que c’est loin et impersonnel ? C’est toujours personnel parce que c’est moi : je suis gay, je suis honnête, je suis
réservé, je suis cultivé, je suis gentil, je suis naïf, etc. « Je suis », ces mots n’ont plus de sens pour les gays, on ne les entend plus. La gageure est alors de trouver celui qui
pourrait les entendre. Je doute qu’il soit sur gayromeo.com. Roméo ? Le mot est extrêmement usurpé ! La pire des injures au héros de Shakespeare, il n’y a pas de Juliette ! Le
rideau tombe déjà. Il n’y a pas de Roméo non plus, parce qu’il est mort avant le dernier acte, mort de dégoût, noyé dans son vomi. Alors que reste-t-il ? Des ersatz dont on voudrait bien se
contenter — personne n’est parfait — mais qui manquent cruellement de contraste. C’est alors qu’on me dit que j’ai une haute estime de moi et pourquoi pas ? Pourquoi ne me brosserais-je pas
le poil quand je sais que j’ai de la valeur ? Par modestie, par fausse modestie ? Que fait-on du pragmatisme sexuel que les gays louent tant ? Je n’exprime aucun mépris, mais
simplement et encore une fois de la déception et de la colère. Une colère que je qualifierais de manière superlative.
Je ne veux pas être dans la quémande (et la demande me choque presqu’autant). Je ne veux pas avoir à me justifier, à m’expliquer du péché des autres. Je suis moi. Je ne suis pas désespéré et je
ne ressens que de la tristesse face à l’indigence des autres. Je suis de plus en plus certain de ne pas vouloir faire de concessions, de ne pas vouloir me contenter. Personne n’est parfait,
disais-je ? Il ne s’agit que de perception. Ce sont les illusions qui nous donnent la force de continuer, je ne laisserai pas mourir les miennes ; et s’il le faut, je créerai ma propre
chimère !

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